La révolution de l’édition

 

L’édition de nos jours n’est – comme dans d’autres secteurs économiques – qu’une course au profit et à la rentabilité. Les éditeurs traditionnels lancent de moins en moins de nouveaux auteurs, surtout si les comptables n’ont pu déterminer une rentabilité manifeste de l’œuvre. Il faut absolument un retour sur investissement. Ce qui conduit à un monopole éditorial des grandes maisons d’éditions ou des groupes – holding – regroupant plusieurs maisons tant en France que dans le monde et à une sélection élitiste des auteurs. En résumé, si vous n’êtes pas connu, n’avait pas un bon sujet ou une carrure (personne médiatique ou reconnu dans son activité) vous n’aurez aucunes chances d’être éditer. La révolution de l’édition a eu lieu aux États-Unis dans les années 1950-1960, avec la vague d’acquisition par des groupes industriels et financiers de maison d’édition et leurs volontés de faire avant tout du fric, au détriment de la qualité éditoriale. Des maisons comme les éditions « Panthéon » ont disparu, absorber et démanteler par des vautours. Le résultat a été catastrophique, outre des pertes financières abyssales, ces derniers ont baissé le niveau de qualité des ouvrages publiés pour pouvoir atteindre le grand public. Ces petites maisons d’édition (familiale principalement) éditer plusieurs auteurs à petit tirage, et bon à mal en arriver à tirer leur épingle du jeu et à faire des bénéfices. Ils aimaient avant tous les livres et avaient le respect de leurs auteurs et de leurs lecteurs.

Tout ceci à presque disparue, une poignée d’éditeurs ont gardé les réflexes et idées des années 1900 à 1960. Il faudrait pourtant revenir à l’essence de la profession qui est de publier un maximum d’auteur et non de faire du fric. Bien sûr, l’argent est indispensable, car les coûts sont exorbitants, mais uniquement pour l’autofinancement et non pour les actionnaires. Ainsi « ce n’est pas aux élites d’imposer leurs valeurs à l’ensemble des lecteurs, c’est au public de choisir ce qu’il veut – et si ce qu’il veut est de plus en plus minable et vulgaire, tant pis. »[1]

À l’époque, un auteur pouvait être publier avec un tirage initial inférieur à 1000 exemplaires pour l’amour du livre ; l’éditeur espérait ce rattraper sur d’autres livres. De nos jours, si l’éditeur n’est pas convaincu d’écouler un minimum de 5 000 à 10 000 exemplaires pour amortir ces coûts et frais – c’est la chasse aux best-sellers au détriment de la qualité éditoriale –, il ne donnera pas suite. Ce qui conduit à laisser beaucoup d’auteurs sur le bord de la route et a sélectionné comme un entonnoir les manuscrits reçus. C’est une forme de censure intellectuelle, mais certaines maisons d’éditions ont trouvé une astuce en proposant de prendre en charge l’ensemble des frais en contrepartie d’une cession gratuite des droits sur les 500, voir 1000 premiers exemplaires, ce qui veut dire que pour les très petits tirages, l’auteur ne percevra aucun droits d’auteur, aura travaillé « gratuitement » (écriture, temps passé, commercialisation) et ne récoltera rien, si ce n’est, peut être, de la considération, et permettra à ces éditeurs de s’enrichir sur son dos. D’ailleurs la justice française a condamné à plusieurs reprises ces pratiques scandaleuses. L’une de ces maisons les plus connues réalise en moyenne un bénéfice de 14 % sur son chiffre d’affaire, alors que la moyenne dans l’édition traditionnelle est inférieure à 3 %.

Pourtant, il y a un public pour tout ouvrage, la question est de l’identifiée et de le quantifiée. Il vaut mieux avoir plusieurs auteurs à 1 000 exemplaires qu’un best-seller qui comblera des pertes astronomiques en rattrapant les erreurs passées, car tiré un ouvrage qui ne se vend pas à 5 000, voir 20 000 exemplaires pour certains est une perte financière inadmissible. Le rendez-vous du succès est bien aléatoire, et une diffusion de 20 000 exemplaires nécessite des moyens financiers importants pour les relations presses, la communication et la publicité (PLV, encarts publicitaires, etc.)

Un autre problème se pose pour les réseaux de diffusions. Il y a un paradoxe. Aujourd’hui, il y a plus de lecteurs qu’auparavant, plus de distributeurs et plus de bibliothèques (communales ou scolaires), mais moins d’ouvrage de qualité qui se retrouve dans ces linéaires.[2] La qualité éditoriale a bien baissé, tout comme les moyens financiers de ces lieux de savoir. Il faudra augmenter les budgets de la culture afin d’augmenter les crédits d’achat des bibliothèques qui pourrait permettre automatiquement de « casser » une partie des productions littéraires et de répondre à un besoin populaire, car n’oublions pas que la culture est chère et n’est pas accessible à la majorité de la population qui n’a pas les moyens financiers d’acheter tant de livre par ans pour calmer leur soif et appétit de lecteurs. Je suis un de ceux-là et pour moi la bibliothèque municipale répond à mon besoin de lecture. Que demande un éditeur, de vendre un maximum d’exemplaire, de ne pas perdre d’argent et si possible d’en gagner.  Que demande l’auteur, d’être respecté, de diffuser son œuvre et de gagner un peu d’argent, de rentrer au moins dans ses fonds. Que demande un lecteur, d’avoir un livre de qualité, d’en avoir pour son argent, en résumé un bon rapport qualité-prix.

 

[1] « L’édition sans éditeurs » d’André Schiffrin, au édition la fabrique, 1999, page 63.

[2] « C’est pour cette raison qu’il y a davantage de lecteurs. Pour vendre davantage, il fallait se mette au niveau des gens, c’est-à-dire, d une majorité de gens qui a  envie de se distraire en lisant, sans plus… D’où la mort, à petit feu, de la littérature. Une des premières victimes du libéralisme à outrance. » Evelyne L.